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La sortie de ce samedi nous fait quitter la Presqu'île d'Arvert pour aller plus au nord découvrir ou redécouvrir les marais de Brouage, et en même temps l'action du Conservatoire du Littoral pour la protection des milieux naturels. Et c'est Bruno Toison, ancien délégué de rivages pour la région Centre Atlantique du Conservatoire, qui va nous piloter pendant cette matinée.

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Première étape sur les remparts de la citadelle, d'où le regard peut embrasser l'étendue du marais. On a l'impression que ce paysage est immuable, ce qui est totalement faux. Bruno nous en rappelle les principaux faits marquants :

  • Il y a environ 20000 ans, nous sommes en pleine période glaciaire et l'océan est à plus de 100 km. C'est une steppe désertique partiellement recouverte par les glaciers.
  • Au moyen-âge, les températures ont grimpé; le niveau de l'océan est fortement remonté et l'océan occupe la baie, le Golfe de Saintonge, jusqu'à la tour de Brou. La récolte du sel à petite échelle dans des récipients commence dès cette époque et les premiers échanges commerciaux se développent au port de Broue.
  • Au cour des siècles suivants,  avec l'apport constant de sédiments, l'océan se retire. Brou est abandonné. Le sel est récolté dans les marais salants, façonnés par l'homme. On voit encore bien sur certains secteurs  les bassins, les jas, et les bosses constituées de la vase extraite.  C'est l'apogée de Brouage au 17 ème siècle. Le sel, denrée précieuse pour la conservation des aliments, se vend en Europe du Nord, Brouage étant la station d'approvisionnement la plus nordique. Les bateaux de toutes provenances arrivent jusqu'au port de Brouage, lestés de pierres qui serviront à la construction de la citadelle. Brouage est donc un port où les bateaux accostent.
  • C'est le Cardinal de Richelieu qui transforme Brouage en la citadelle que nous connaissons aujourd'hui.
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  • Cette période fastueuse ne dure pas, la sédimentation se poursuit rendant de plus en plus difficile l'entretien des marais salants et surtout l'accès au port. Brouage peu à peu tombe dans le sommeil. Le marais devient saumâtre et devient vite insalubre.
  • Au 19 ème siècle, le sous préfet Le Terme décide d'assainir le marais, de le drainer et d'y implanter de l'élevage de bovins. Le canal Charente-Seudre est affecté à l'irrigation du marais en été et au drainage l'hiver, pour maintenir un niveau d'eau douce relativement constant. Un travail gigantesque de creusements de fossés est accompli. Ce qui subsiste des apports d'eau salée est bloqué, C'est le marais que nous avons pu connaitre jusque dans les années 1970.

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  • A l'ère de  l'agriculture intensive le marais est de nouveau drainé, ou plutôt asséché pour la production de céréales. Heureusement dans le marais de Brouage, seule 10% de la superficie a été concernée, à comparer aux 50 % du marais de Rochefort et 80 % du marais Poitevin.
  • A la fin du vingtième siècle et au début du vingt et unième il y a enfin une prise de conscience et des voix s'élèvent pour souligner la grande importance des zones humides. Le Conservatoire mène une campagne active d'acquisitions (1500ha) de parcelles qui sont ensuite louées à des éleveurs pour de l'élevage extensif.

Mais les changements sont loin d'être terminés, c'est ce que nous allons pouvoir constater le temps d'une randonnée autour de l'île d'Erablais.

Les difficultés que rencontrent les éleveurs font que de plus en plus de parcelles sont abandonnées.De prairies elles ont vite fait de se transformer en roselières. Différence d'habitats, différence d'espèces. Les oiseaux  qui aiment les prairies rases pour nicher, tels que les vanneaux, s'en vont au profit de fauvettes, phragmites et autres passereaux spécifiques de ces milieux.   Bruno est frappé du peu de vaches que l'on peut voir autour de nous.

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Le réchauffement climatique a aussi un gros impact sur le changement des habitants du marais. Il y a une quarantaine d'années, le héron cendré régnait en maître absolu et sans partage. Puis sont venus successivement les aigrettes garzette, les hérons garde-boeufs, les hérons pourprés, les  grandes aigrettes, les hérons bihoreaux, les spatules... Dernier arrivé, le crabier chevelu. A l'exception de celui ci et des grandes aigrettes, nous pourrons voir tous les autres. Il faut l'oeil exercé de Bruno pour les identifier en vol.

Il faut aussi mentionner les espèces invasives : l'écrevisse de Louisiane, qui n'est pas étrangère à la profusion des hérons et cigognes, et également à la disparition des grenouilles (nous n'en entendrons pas une seule durant notre balade alors que le marais est bien en eau), le ragondin, gênant parce qu'il détruit les berges et se multiplie à la vitesse grand V, la jussie que nous pouvons voir prête à envahir les canaux et les étouffer.

Jussie

Alors, quel futur pour ces paysages emprunts de sérénité ? Brouage va-t-il redevenir une île à la faveur de la montée des eaux ? La guerre de l'eau va -t-elle  sonner le glas du marais, les discussions sont vives pour l'attribution de l'eau du canal charente-seudre en été, entre céréaliers et autres usagers ?

A nous, défenseurs de l'environnement et amoureux de ces espaces, de se montrer pugnaces et vigilants.

Merci Bruno pour cette belle matinée.

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Date de création : 31/05/2018 17:35
Dernière modification : 31/05/2018 17:35
Catégorie : - CR Sorties Nature
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